Bonheur Intérieur Brut?

C’est une séduisante idée que de calculer un Bonheur Intérieur Brut.

Chaque jour, nos hommes et nos femmes politiques nous jurent qu’ils et elles iront chercher « la croissance avec les dents », nous promettent de gagner 1 ou 2 points de croissance du produit intérieur brut et, au nom de ceci, ils et elles sacrifient tous nos acquis sociaux, tous nos biens communs, ils et elles sacrifient même la nature sans laquelle nous ne pouvons survivre.

Alors, pourquoi pas un Bonheur Intérieur Brut qui prendrait enfin en compte de ce qui nous tient à cœur?

Personnellement, j’ai comme un doute quand je pense à l’idée de mesurer de combien de centimètres nous progressons ou nous nous éloignons du bonheur, de nos rêves. J’ai plutôt tendance à croire que ce pourrait aussi être un moyen de nous faire avaler les pires décisions : « Puisque bla-bla-bla, grâce à l’exploitation des gaz de schiste, nous bla-bla-bla, et comme bla-bla-bla nous augmenterons de 5 centimètres le Bonheur intérieur Brut »…

Mais, surtout, ça ne changerait rien si nous ne changeons pas en profondeur notre économie.

C’est un piège que de débattre sur le P.I.B. en tant qu’indicateur: en tant qu’indicateur, comme tout indicateur, il est insuffisant, tout le monde est d’accord. Mais, le problème n’est pas son utilisation en tant qu’indicateur. Le problème est que notre système économique repose structurellement sur la croissance du P.I.B.

En effet, comme nous basons la création monétaire sur l’emprunt, il est nécessaire qu’il existe, au moment où nous rembourserons, une masse monétaire plus importante que celle qui existait au moment où nous avons emprunté : il faut avoir de quoi payer les intérêts.

Ainsi, structurellement, sans augmentation des sommes empruntées, notre système s’écroule, d’où la nécessité de la croissance du PIB.

Alors l’idée d’un Bonheur Intérieur Brut est séduisante mais ce n’est pas du P.I.B.comme indicateur dont il est vital de se libérer. Il est vital de se libérer de l’obligation structurelle d’augmenter la marchandisation de nos échanges.

Il y a de nombreuses manières de le faire, par exemple, en demandant aux banques centrales de ne plus financer indirectement  les banques privées mais de financer directement les états, ou encore mieux, en demandant aux banques centrales de ne plus équilibrer la masse monétaire en jouant sur les taux directeurs mais en donnant directement à l’ensemble des humains pour lesquels elles gèrent la masse monétaire disponible les sommes nécessaires à cet équilibre…

Bref, que des moyens qui entraînerait la fin de la toute puissance de celles et de ceux, personnes physiques ou morales, qui disposent des plus gros capitaux… D’où une capacité de résistance au changement extrêmement forte de la part des drogués de la « croissance du PIB »…

François NICOLAS, REZE(44)

http://www.mingata.eu

 

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A propos François NICOLAS

Militant écolo, je veux agir pour que nous refusions enfin que la prospérité temporaire des un-e-s se traduise par la mort de faim définitive des autres : « Vivre simplement, pour que les autres puissent simplement vivre. » Aux objectifs de victoires de quelques-un-e-s construites au dépend de multiples défaites des autres (ce que vous appelez compétition, la rage au ventre, les poings serrés), je préfère les objectifs de partage, d’amour et de respect (ce que tu appelles utopie anarchiste, le sourire aux lèvres, la main ouverte).
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Un commentaire pour Bonheur Intérieur Brut?

  1. Eric LN dit :

    Il faut que le vide soit grand pour que l’avidité se manifeste avec autant de force, et qu’à la longue nous ne puissions plus vivre, et que tout devienne chaotique. Sans doute, nous ne percevons plus ce que le vide signifie, soit parce que nous avons été privés de parole, soit d’écoute. Ce qui a pour effets de mettre tout le monde à dos, chacun se repliant sur ses satisfactions premières, animales, viscérales pour ne pas dire bestiales. Voilà, à force le jeu collectif devient démoniaque, comme une mécanique folle qui rend tout le monde esclave de règles impossibles à transgresser, et dont plus personne n’a la maitrise. L’argent , par exemple, est un acteur dont nul ne peut se passer, contre lequel nul ne peut s’opposer de fait, comme un virus. Mais, l’auto, dans ce contexte donné, c’est pareil, c’est à la fois vital pour les usagers, et pour les industries d’en vendre et d’en produire de plus en plus. Idem pour toutes les chaines de consommation et de production, tout ce qui épuise les ressources. Je me demande ce qui va bien pouvoir nous sortir de cette boucle infernale qui s’amplifie. On peut douter également que la décroissance soit une réponse satisfaisante, si elle n’est pas compensée par autre chose qui relève de la conscience, de quelque chose qui nous élève et nous éclaire. Là, dans cet enjeu, chaque voix devrait compter, chaque humain ayant forcément sa singularité , sa poésie particulière qui donne à vivre. Mais si on l’étouffe ? c’est franchement mal pour tout le monde.

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