Respectons enfin l’avenir, la vie (témoignage)

J’ai reçu aujourd’hui cet émouvant témoignage d’un habitant de Bouaye qui me rappelle l’impérieuse nécessité qu’enfin, collectivement, nous respections l’avenir, la vie.

——
Je ne puis parler que de ma propre expérience dans un milieu agricole habitué aux pesticides et peu avenant envers les gens “de la ville”.
Il y a trente-cinq ans, pour eux, un “écolo” n’était qu’un anarchiste, un révolutionnaire cherchant à les ruiner.
Aujourd’hui, merci les viticulteurs. C’est vrai nous n’avons plus guère de chenilles dans nos potagers, mais pas plus de papillons non plus. Donc plus beaucoup d’oiseaux.
L’équilibre est rompu. Irrémédiablement rompu.
C’est la guerre depuis longtemps entre Kokopelli, qui promeut les variétés anciennes, et les semenciers qui veulent imposer leur monopole, leurs plants hybrides ou leur OGM.
Mon hameau est en partie ceint de vignes. Muscadet, Gamay rouge.
J’ai durant trente-quatre années restauré ce lieu. Les murs étaient de pierre. Au début les escargots, limaces et crapauds pullulaient, vivaient en paix. Dont le sympathique Marcel, énorme et borgne, mascotte de mes enfants. Les geais venaient me voir, ma chouette dormait dans ma grange.
Peu à peu la population de gastéropodes a périclité, se réfugiant dans mon potager, celle des crapauds ayant, elle, totalement disparu.
Je ne revois plus mes gentils hérissons que j’hébergeais pour leur éviter un “accident de la route”.
Je n’ai jamais traité mon potager de 500 m2 mais n’y trouve jamais aucun ver de terre ou autre lombric depuis vingt ans.
Mon voisin m’avait fait m’abonner à ROC (rassemblement des opposants à la chasse).
Le président des chasseurs de ma commune est venu me voir, menaçant, car l’association ROC de l’époque me permettait d’exclure mes terres de leur territoire de chasse. Trois hectares.
Un bélier et deux brebis retrouvés morts quelques jours plus tard. A coups de fourche à foin. J’ai enlevé mes pancartes quand mon épouse enceinte s’est retrouvée face à un fusil braqué sur elle.
Les viticulteurs aimeraient bien se mettre au bio, mais il leur faudrait revoir toutes leurs techniques de production et, pire, attendre cinq années sans traiter pour obtenir le label, donc sans gagner aucun argent. Matériellement impossible. Et c’est là où serait la solution : aider un viticulteur désirant se reconvertir au bio à “survivre” cinq années en lui permettant d’écouler sa production nouvelle non traitée sous un label intermédiaire à un taux négocié en l’aidant à se restructurer.
Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre : l’élevage bio avec vente à proximité vit très bien, la production de poules pondeuses bio cartonne dans tous les magasins, les maraîchers bio (pas ceux qui arrosent leurs salades au désherbant pour les faire blanchir), pratiquent des prix abordables s’ils ne s’adressent pas à la grande distribution.
Mes viticulteurs, eux, ne traitent pas à la bouillie bordelaise, car selon eux plus nocive car sa dispersion dans le sol serait plus longue que leur mixture.
Pour l’heure nous vivons régulièrement (sous les vents d’ouest), au milieu d’un nuage qui, soit à cause du mildiou ou autre maladie, est généreusement dispersé. En préventif trop souvent.
Pourtant des rosiers anciens (protégés) sont disposés au bout des parcelles de vigne, ce qui permet en théorie aux viticulteurs d’anticiper l’arriver de la maladie.
Un ami a disposé des ruches sur une de mes parcelles. Les frelons asiatiques y  font des ravages.
Je suis extrêmement pessimiste pour l’avenir et le bien-être de nos enfants. Même plutôt fataliste, car l’Homme sot est assoiffé d’argent et les gouttes d’eau que nous versons dans l’océan, nous les écolos, ne sont que les larmes de notre impuissance. Je peux dire à leur place “après nous le déluge”. Lorsque vous pensez que les dix plus gros porte-conteneurs polluent autant que la totalité des véhicules roulant sur la planète et qu’il existe des milliers de porte-conteneurs croisant chaque jour dans nos océans (utilisant le carburant le pire qui soit), je pense qu’il est utopique d’imaginer la sauver avec des voitures électriques utilisant des batteries au cadmium dont l’extraction pourrit la vie de milliers de gens, dont le retraitement pourrira la vie de milliers de gens aussi bien que l’extraction de l’uranium et le retraitement des déchets nucléaires.
Chacun, individuellement, peut apporter son nécessaire écot pour satisfaire les doux rêveurs dont je ne fais plus partie.
On peut partager son potager en quatre et en faire profiter autrui. Mais c’est si pratique d’aller faire ses courses aux restos du cœur pour certains. En effet la terre est basse.
A la croisée des chemins, c’est un peu comme la dernière élection.
C’était ou le pire ou le moins grave avec un peu d’espoir.
Mes toitures rose atlantiques sont noires. De kérosène sans doute. Au secours.
——
Merci à toi,
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A propos François NICOLAS

Militant écolo, je veux agir pour que nous refusions enfin que la prospérité temporaire des un-e-s se traduise par la mort de faim définitive des autres : « Vivre simplement, pour que les autres puissent simplement vivre. » Aux objectifs de victoires de quelques-un-e-s construites au dépend de multiples défaites des autres (ce que vous appelez compétition, la rage au ventre, les poings serrés), je préfère les objectifs de partage, d’amour et de respect (ce que tu appelles utopie anarchiste, le sourire aux lèvres, la main ouverte).
Cet article a été publié dans Ecologie, Législatives 2017. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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