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Nous construirons la paix

Depuis la fin du siècle dernier, les pouvoirs politiques ont baissé les bras face à la barbarie des marchés financiers. Les états n’assument pas convenablement leur rôle de répartition des richesses créés par toutes et tous. Nous ne pensons pas en termes de bien être, d’enrichissement humain, culturel ou scientifique mais en termes de compétitivité, de profits financiers et d’innovations technologiques. Ces moyens ne sont plus à notre service, ils sont devenus des objectifs puérils qui détruisent nos avenirs.

Les compétitions, les spéculations et les nouveautés techniques ont peut-être été des moyens efficaces mais, ce n’est plus le cas. La surconsommation des ressources naturelles réduit la compétitivité à des compétitions fratricides. Le partage des richesses produites, l’efficacité et l’émulation sont devenues anecdotiques face aux égoïsmes, aux gaspillages et aux concurrences destructrices. L’augmentation des inégalités financières a transformé les spéculations en spoliations. Le financement des activités  économiques est grandement freiné par la gloutonnerie des possédants de capitaux. Nos économies ne cherchent plus à répondre aux besoins mais à perpétuellement créer des frustrations. Les innovations technologiques transforment et dirigent nos avenirs sans objectifs humains, sans réponse à nos besoins, sans considération pour nos avenirs.

Faces à ces errements, nous nous déshumanisons. Nous nous réfugions massivement dans une fuite en avant, nous cherchons à posséder de plus en plus d’objets vite obsolètes. Nous nous réfugions dans nos murs, devant nos télés ou nos ordinateurs. Nous n’osons plus vivre en humain,  partager, vivre avec et non contre les autres. Dans ce monde sans conscience, nous nous réfugions dans le refus des différences, dans l’exclusion des autres. Nous nous berçons dans l’illusion que mépriser les autres (les « non croyants », les « non musulmans », les « non chrétiens », les « non juifs », les « non européens », les « non patriotes », les « non blancs », les « non nobles », les « non bourgeois », les « non ouvriers », les « non hétéros », les « non riches », les « non de droite », les « non travailleurs », les « non de gauche », les « non productifs », les « non écolos »…) pourrait redonner du sens à nos êtres. Mais nous sommes toutes et tous humains, et en rejetant les autres, nous rejetons une part essentielle de nos êtres. Mais nous sommes toutes et tous uniques alors, ce refus des différences est sans fin, si ce n’est la fin de l’humanité.

Ce refus, cette peur des différences conduit certaines ou certains d’entre-nous, sans distinction de dogmes, d’origine ou de culture, aux pires extrémités. Ainsi, le 22 juillet 2011, un assassin tue 77 personnes en Norvège et il justifie ses crimes par ses idées politiques d’extrême droite. Ainsi, en ce début janvier 2015, des assassins tuent 17 personnes en France en prétendant agir en accord avec leurs dogmes monothéistes. Ceci n’est pas nouveau. L’histoire de l’humanité est aussi une succession de combats fratricides, de xénophobies, d’intolérances et de violences.

Il reste possible que d’éventuels prochains crimes nous entraînent à nouveau dans des combats sans issues, des guerres fratricides imbéciles. Mais, ce n’est pas l’espoir porté par ces millions de personnes qui sont spontanément descendues dans les rues ou qui ont participé au rassemblement du 11 janvier 2014.

Dans une société en guerre, tous les moyens sont mobilisés pour détruire l’autre, sans considération pour l’avenir. Nous avons massivement fait savoir au monde qu’il y a une autre voie que celle de l’escalade des divisions, des intolérances et de la violence. Il y a une autre voie que celle de la guerre. Nous avons massivement fait savoir au monde que nous voulons vivre ensemble et en paix.

Nous ne sommes pas en guerre, nous désirons lutter contre tous les criminels et qu’ils soient traduits devant nos cours de justice mais nous nous avons mieux à faire que de donner à ces individus plus d’importance qu’ils n’en ont.

Nous voulons la paix, pas la guerre, nous n’accordons pas aux assassins, aux tueurs de libertés, aux dictateurs potentiels ou en exercice, le droit de limiter nos libertés, de diriger nos vies, nos sociétés, ni avec ni contre eux.

Nous construirons la paix, en cherchant à construire un monde plus juste, un monde viable et équilibré, un monde moins violent, un monde soucieux de l’avenir des femmes et des hommes, un monde plus fraternel, un monde plus humain.

 

François NICOLAS, REZE(44)
http://www.mingata.eu

Charlie n’est pas mort, il bande encore.

Ce midi, nous avons participé massivement à un moment de recueillement. Je suis reconnaissant au président de notre république d’avoir décrété une journée de deuil national ce 8 janvier 2015. Je suis ravi qu’en honorant la mémoire des plus rebelles, des plus libertaires, des plus tendres, des moins politiquement disciplinés, des moins soumis à l’ordre établi, nos représentants affirment avec détermination leur volonté que nous restions un pays où la liberté d’expression n’est pas négociable, un pays où nous refusons les divisions artificielles, les violences, les intolérances. Un pays où le plus haut niveau de l’état tient à se que chacun et chacune reste libre de se railler des puissants, de se moquer de nos contradictions, de ne pas accepter l’inacceptable, de bousculer nos idées bien pensantes.

Maintenant c’est à nous toutes et tous de pleurer, de crier, de rire, de vivre. Nos frères mal comprenant en humanité n’ont de prise que sur nos corps, ils n’ont aucun moyen de « tuer Charlie Hebdo ». Ils continuerons à assassiner et ils peuvent aligner nos corps, mais ils ne peuvent toucher nos êtres.

Il n’y a pas de justice, de bonté divine naturelle, de guerre, de loi de la jungle qui épargnerait les plus justes, de loi du marché qui n’assassinerait pas les moins égoïstes. Le monde n’est ni cruel ni juste, ni bon ni mauvais. Il est ce que nous faisons de lui et pour supporter ce qui ne nous y ressemble pas, le rire et l’irrévérence sont des armes salutaires.

Pleurons, rigolons, ripaillons et profitons de chaque instant pour célébrer la vie, la liberté.

Nous pensons nos utopies et construisons nos rêves, nous disons nos rêves pour les vivre, nous sommes des êtres d’imagination, d’intelligence.

Laissons-les jouer sans nous ces tristes damoiseaux et demoiselles, qu’ils ou elles soient folles d’un Dieu, d’un drapeau, de leur pouvoir spirituel, économique ou politique. Laissons-les jouer sans nous ces promoteurs de guerres fratricides cherchant à imposer leurs fantasmes liberticides par les plus abjectes crimes. Laissons-les jouer sans nous ces promoteurs de sociétés sécuritaires cherchant à augmenter leurs atteintes à nos libertés par les restrictions de nos droits. Ne leur prêtons pas des pouvoirs qu’ils n’ont pas. Ne leur prêtons pas le pouvoir de définir qui nous sommes.

Pour faire de la place à nos rêves, pour éloigner nos cauchemars, ne pas les fortifier en leur prêtant un sérieux qu’ils ne méritent pas, continuons à les railler, à pointer leurs incohérences, à mettre en évidence leur ridicule. Restons irrévérencieux pour ne pas leur laisser de prise.

N’ayons pas peur de relire et rire des blagues des disparus, de reprendre leurs combats, de continuer à rire de tous et de toutes, à commencer par rire de nous-mêmes, à rire de nos propres démons car, en somme, il n’y a qu’une terre et qu’une seule humanité.

Allez, amusons-nous, dansons, chantons et rigolons : « Charlie n’est pas mort, il bande encore. »

 

Liberté, égalité, fraternité et déconnade,

 

François NICOLAS, REZE(44)

http://www.mingata.eu